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Encore une série dont le héros est un médecin légiste! Dans Forever (2014), Ioan Gruffudd jouait un médecin légiste immortel âgé de deux cents ans. Dans Dr Harrow (2018), le même Ioan Gruffudd joue un médecin légiste portant joliment la quarantaine et tout ce qu’il y a de mortel.

Coproduite par ABC et ABC — comprenez Australian Broadcast Company, la télévision publique australienne et ABC International, filiale de Disney — la série Harrow a été diffusée en mars dernier en Australie. Devenue Dr Harrow dans sa version francophone, la première saison est diffusée en primeur sur RTS Un dès le jeudi 4 octobre, vers 21 h 15.

Lambda da, lambda no

Le Dr Daniel Harrow présente quelques-unes des caractéristiques indispensables à tout héros de série qui se respecte. Beau gosse avec des kilos de charme, savamment barbu pour encadrer un sourire ravageur, il n’a pour défaut que de parfois rappeler Jean-Claude Van Damme jeune. Physiquement s’entend, pour le reste tout va bien. Histoire de se différencier du type lambda de base noyé dans la masse infinie du vulgum pecus, Daniel Harrow souffre d’une allergie chronique à l’autorité sous quelque forme que ce soit comme aux règlements de toutes sortes. Il s’oppose farouchement à la première et contourne allègrement les secondes, surtout quand il décide de mener l’enquête, généralement à la place de la police à laquelle il n’a strictement aucun droit de se substituer. Si on ajoute à cela un tantisoit d’asociabilité, il apparaît logique que les seules personnes avec lesquelles il est capable d’entretenir des rapports harmonieux soient ses client·e·s, c’est-à-dire des cadavres, quand ce ne sont pas de simples morceaux desdits cadavres.

Encyclopædia Serialis

Dr Harrow présente aussi l’avantage de jouer les encyclopédies, dans la mesure où elle fond en un seul personnage d’enquêteur les qualités et les travers de beaucoup d’autres. Comme Harry Bosch, Harrow écoute des vinyles. Comme Colombo, Harrow conduit une vieille bagnole européenne, préférant à la Peugeot 403 cabriolet une Fiat 124 coupé type CC, commercialisée depuis 1973 et qu’il a baptisée Gregory. Comme les héros de Riptide, Harrow vit dans un bateau. Comme Indiana Jones, Harrow a peur des reptiles. Enfin, comme Dexter, Daniel Harrow balance du macchabée à la flotte. Un seul, d’accord, mais lesté dans un sac avec du ciment. Je divulgâche d’accord, mais rien qu’un tout petit peu, puisque cette découverte arrive à la fin du premier épisode déjà. Ce terrible secret «qui c’est le cadavre caché dans le sac?» va lui empoisonner l’existence. Et pas que la sienne…

Jusqu’au bout de la vie

Le mystère du cadavre caché dans le sac, s’il attise bien sûr notre curiosité, révélera toute sa puissance une fois qu’on en connaîtra les tenants et aboutissants, qui font référence à une catégorie de crimes fréquents, souvent tus, impunis et ignobles. Outre ce fil conducteur qui se déroule sur les dix épisodes que compte cette première saison, chacun d’iceux possède sa propre énigme, qui s’inscrit parfois dans des problématiques sociétales comme l’homophobie ou le racisme. N’oublions pas aussi les rapports difficiles qu’entretiennent Daniel Harrow et son ex-femme avec leur fille, en dérive depuis de longs mois. Le légiste serait-il un père médiocre?

Jusqu’au bout de la mort

Mais c’est dans les relations que le Dr Harrow entretient avec les trépassé·e·s que notre intérêt rencontre ses moments les plus intenses. Dans nos sociétés occidentales, que ce soit par pudeur, dégoût ou tradition, on cache les morts. Pas seulement afin qu’on ne les retrouve jamais… Habité qu’il est par la volonté farouche d’établir la vérité quant au décès des défunt·e·s qu’on lui confie pour enquête, Daniel Harrow leur offre une vitrine au monde, grâce à «l’interrogatoire» poussé auquel il les convie. Dans le même esprit, lorsque des familles viennent à la morgue pour reconnaître un·e proche ou simplement rendre un dernier adieu, ces scènes prennent dans Dr Harrow une dimension fondamentalement humaine, fondée sur la compassion et la bienveillance du légiste.

Disponible sur RTS Un

Les Chroniqueuses de 6h-9h le samedi

Chaque samedi sur RTS-La 1ère, entre 7h30 et 8h30 nous interrogeons notre société d’un point de vue philosophique avec Anne-Laure Gannac et Pascaline Sordet, littéraire avec Geneviève Bridel et Lisbeth Koutchoumoff et cinématographique (au sens large) avec Julien Comelli et moi-même.

2018-10-03T11:26:17+00:00

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