Patio > Radio > 6h-9h le samedi > FIERTÉS

Trois épisodes d’une heure afin d’évoquer à la fois le combat pour les droits des minorités sexuelles en France à travers le récit intime de trois générations et trois destins d’hommes, qui propose une chronologie de la tolérance et une saga familiale.

1981

Le premier épisode voit les socialistes arriver au pouvoir après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Dès 1982, l’homosexualité sera complètement dépénalisée en France. Victor (Benjamin Voisin) a dix-sept ans et il découvre sa propre homosexualité. Surpris par son père (Frédéric Pierrot) avec autre garçon, Sélim (Sami Outalbali), ce père, bien qu’« homme de gauche » — donc a priori ouvert d’esprit — va se révéler incapable d’accepter la différence de son fils. Il rejette  Victor, qui subit ses premières vexations à cause des rumeurs qui se répandent au lycée quant à son inclination pour les hommes. Victor rencontre Serge (Stanislas Nordey), militant de la cause gay de vingt ans son aîné, et ils tombent profondément amoureux.

1999

Grâce à l’adoption de la loi instaurant le Pacte civil de solidarité (Pacs) le 15 novembre 1999, deux personnes majeures peuvent désormais établir entre elles un partenariat contractuel leur octroyant des droits et des devoirs et qui se rapproche du mariage civil. Victor (Samuel Theis) est devenu architecte et Serge, qui milite toujours activement, doit se battre contre sa séropositivité. Victor va retrouver Sélim (Nicolas Cazalé), partenaire de ses premières expériences homosexuelles adolescentes. La pression des origines maghrébines de Sélim l’a poussé à faire le choix du mariage. Cependant, Farah (Loubna Abidar), mère de leurs deux enfants, n’est pas dupe. Et justement, à propos d’enfants, l’envie d’en avoir commence sérieusement à démanger Victor. Il va donc se lancer dans une procédure d’adoption qui va le contraindre à la tragi-comédie du célibataire hétéro face à l’enquêtrice sociale (Chiara Mastroianni), puisqu’à l’époque l’adoption était systématiquement refusée aux homosexuels masculins.

2013

L’année de la loi Taubira dite du « mariage pour tous » et des grandes manifestations opposant antis et pros. Attention, léger divulgâchage : Diego, le fils adoptif de Victor (ben oui, ça a fini par marcher…) est en terminale et il subit à son tour des vexations comparables à celles qu’a connues son père, la cible visant cette fois sa famille homoparentale. Diego, c’est le genre sanguin, qui croit plus volontiers au dialogue avec les poings qu’avec le verbe. Cerise sur le gâteau, Diego tombe amoureux de la sœur du plus ardent de ses bourreaux, ce qui ne simplifie guère le binz, mais nous offre une scène de confrontation avec les parents des enfants modèles dans le bureau de la directrice du lycée, une très belle rencontre avec des fachos fâcheux comme on en fait encore trop souvent. Face au comportement de son fils, Victor est très intransigeant, pas compréhensif pour deux ronds, en un mot, psychorigide. Heureusement, Diego trouve oreille attentive et qualité d’écoute chez son papa, Serge, et aussi chez son papi, qui se révèle bien meilleur grand-père que père.

Vive les histoires d’amour !

Fiertés se révèle une saga familiale somme toute assez classique, mais construite autour d’un couple homosexuel masculin, une sacrée gageure. C’est le genre de sujet délicat bourré d’écueils qui peut vite faire sombrer l’entreprise. C’est précisément en utilisant les codes cinématographiques de la romance classique narrant les amours d’une femme et d’un homme en les appliquant à deux hommes que Philippe Faucon réussit brillamment son coup, avec la complicité des scénaristes Niels Rahou et José Caltagirone et des comédien·ne·s. Rien n’est forcé, les drames comme les bonheurs vont de soi, pas d’effets mais un naturel assumé qui ose la pudeur, conférant ainsi sincérité et authenticité au récit. Et puis, face à un ado de base comme Diego, qui balance du « Tu fais chier » et du « T’inquiètes » à tour de bras, peu importe que ses parents soient homos, hétéros, noirs, blancs, bleus, biologiques ou adoptifs, ça reste un ado et faut faire avec ! Si bien que, ceteris paribus, la différence n’est pas tellement différente. Fiertés, une histoire d’amour racontée avec talent dans un contexte socio-historique qui fait sens, vaut très largement le voyage.

D’Anglade à Theis

Certain·e·s ont opéré un rapprochement avec le très militant 120 battements par minute. Pour ma part, même s’il existe des différences majeures entre ces deux histoires d’amour, je ressens une filiation directe entre Fiertés et L’homme blessé de Patrice Chéreau (1983), un scénario écrit avec Hervé Guibert.

Louer / Acheter la VOD ou acheter le DVD sur arte.tv.

Les Chroniqueuses de 6h-9h le samedi

Chaque samedi sur RTS-La 1ère, entre 7h30 et 8h30 nous interrogeons notre société d’un point de vue philosophique avec Anne-Laure Gannac et Pascaline Sordet, littéraire avec Geneviève Bridel et Lisbeth Koutchoumoff et cinématographique (au sens large) avec Julien Comelli et moi-même.

2018-05-15T22:19:24+00:00

Laisser un commentaire

error: Ce contenu est réservé aux ayants droits.