Patio > Radio > 6h-9h le samedi > Les Chroniqueuses > Documentaire > JOAN GAMPER, LE SUISSE QUI A INVENTÉ LE BARÇA

Les soirées difficiles vont bientôt commencer, dès ce  jeudi 14 juin. Et quand je dis soirées, je suis loin du compte, puisque certains samedis le premier match est planifié à midi et y en a encore trois derrière. On se réjouit !

Il n’est pas rare dans la presse que mes confrère·sœur·s qualifient la Coupe du monde de « grande fête du foot », qualificatif que certain·e·s, même assez souvent, accolent à « grande fête du pognon ». Force nous est d’admettre que les rapports pervers qu’entretiennent sport et argent – il n’y a pas que le foot – nous interrogent :  comment, voire pourquoi, en est-on arrivé là ? C’est précisément une des nombreuses qualités de Joan Gamper, le Suisse qui a inventé le Barça, que d’éclairer nos lanternes en apportant des pistes de réponse, notamment sur ce sujet.

Tout est lié

En racontant l’histoire de Hans « Joan » Gamper, qui se confond d’ailleurs avec l’histoire du football moderne dans le sud de l’Europe, Noël Tortajada nous propose une mise en perspective qui tisse autant les fils du sport, que ceux de l’histoire et de la société, une société qui résonne encore aujourd’hui des problématiques rencontrées par Gamper comme, par exemple, l’indépendance catalane, et c’est passionnant.

Jouer, pas gagner

On sait que les jeux dits de « balle au pied » existent depuis l’Antiquité et que c’est vers le milieu du XIXème siècle en Angleterre qu’on assiste à la naissance du football moderne. Les autres pays d’Europe le découvrent petit à petit, alors qu’on en était précisément à l’invention des sports d’équipe. Les disciplines se mélangent encore, l’établissement des règlements, souvent assez flous, balbutie. Cependant, une seule règle met tout le monde d’accord : la pratique du fairplay. En effet, l’esprit de compétition se limitait à sa propre personne, le sport n’avait pas encore de volonté marquée de se mesurer à l’autre et d’être meilleur que lui. Le sport était une école de vie pratiquée par de jeunes hommes d’affaires qui aimait se dépenser en jouant. Il n’y avait pas plus de clubs que de compétitions organisées.

Grand-père Gamper

Gamper son truc, c’est le foot ! Il a dix-huit ans lorsqu’il fonde le FC Zurich en 1896, peut de temps avant de partir pour Barcelone, où il souhaite apprendre l’espagnol afin de pouvoir commercer avec l’Afrique. Mais il a toujours envie de jouer au foot et en 1898, le sport n’est pas une pratique répandue en Espagne. Pire, le football n’existe même pas ! Joan Gamper va donc fonder un second club, sobrement baptisé FC Barcelona, une première équipe composée de Suisses, d’Anglais et de Catalans. A l’image de tous les clubs qui naissent en Europe à cette époque Le Barça, club mythique s’il en est, le Barça de l’origine, c’est une bande de potes qui ont envie de jouer au foot ! Pour Gamper c’est à la fois le début des succès et des emmerdes. Dans la très catholique Espagne, Le Barça frise la dissolution en 1908 : un club fondé par un protestant qui joue avec des Anglais, ça passe très mal.  Joan Gamper sauve le club en vantant le plaisir du jeu et l’attrait énorme du spectacle offert au public, qui devient de plus en plus nombreux. Réunissant vingt mille personnes les jours de match, le stade du Barça devient malgré lui le lieu naturel de l’expression catalane et de sa farouche volonté d’indépendance. Pour la dictature de Primo de Rivera, l’incident de 1925, dû à un invraisemblable concours de circonstances que vous découvrirez en regardant le film, c’est l’étincelle qui fait déborder le vase ! La junte fait fermer le club pour six mois et Gamper rentre en Suisse pour un exil de quatre ans. Il revient à Barcelone en 1929 et se suicide en 1930 à cause de la banqueroute de ses affaires suite au krach de Wall Street. Noël Tortajada nous amène à découvrir l’histoire de Joan Gamper à travers ses petits-enfants, notamment Emma Gamper, la plus jeune de ses petites-filles, car cette génération a dû elle aussi partir à la découverte de ce grand-père dont le nom même n’était plus prononcé dans la famille, devenu tabou après son suicide. Le réalisateur ajoute ainsi finement l’émotion à l’Histoire.

Diffusion lundi 11 juin vers 22h sur RTS Deux.
Déjà disponible sur Play RTS.

Les Chroniqueuses de 6h-9h le samedi

Chaque samedi sur RTS-La 1ère, entre 7h30 et 8h30 nous interrogeons notre société d’un point de vue philosophique avec Anne-Laure Gannac et Pascaline Sordet, littéraire avec Geneviève Bridel et Lisbeth Koutchoumoff et cinématographique (au sens large) avec Julien Comelli et moi-même.

2018-06-11T09:03:17+00:00

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