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Maroni, les fantômes du fleuve - Stéphane Caillard (Chloé)

La Guyane, le vaudou, le fleuve, la forêt, un meurtre, du flic local, de la poulaga métropolitaine, des enfants qui disparaissent… Tout ça pour une mini-série d’Arte en quatre épisodes : Maroni, les fantômes du fleuve. Voilà un inventaire qui peut laisser craindre l’avalanche de lieux communs. Rassurez-vous, c’est précisément ce que traquent les créateurs de la série : le cliché.

Le Maroni, c’est le fleuve qui sert de frontière ouest à la Guyane. Sur l’autre rive, le Suriname. On débarque dans la série en même temps que Chloé, inspectrice de la criminelle, qui, elle, débarque à Cayenne. La jeune fliquette française, incarnée avec fougue par Stéphane Caillard, qu’on a vue dans la série de Gabriel Aghion La vie devant elles et dans le rôle de la fille de Robert Taro, véreux maire socialiste de Marseille (mal) joué par Gégé Depardieu dans la (pas terrible) série de Netflix Marseille. Quand un officier de police parisien est muté en Guyane, même si c’est une officière, c’est généralement à cause d’une connerie. Comme dans la très mauvaise série de Canal+ Guyane, qui s’ouvre sur le même schéma, sauf que c’est pas une policière, mais un étudiant. Bon, au lieu de dégommer de vieilles séries françaises, revenons à Maroni ! Pour quelle raison Chloé se retrouve-t-elle en Guyane ? On l’apprendra plus tard, c’est sa propre vie qu’elle fuit.

Meurtre et binôme

Qui dit polar dit meurtre : un couple de français blancs, qui donnait dans l’humanitaire en distribuant du matériel scolaire, est retrouvé assassiné sur son voilier qui dérive doucement sur le fleuve. Meurtre sacrificiel s’il en est, à découvrir la mise en scène rituelle macabre, gore et sanguinolente en flaques qui a présidé à l’assassinat. Entrée en scène fracassante du vaudou. Quant au jeune fils du couple, il a disparu. Chloé est évidemment chargée de l’enquête. Mais qui dit polar ne dit pas seulement meurtre, mais aussi binôme, célèbre composant imputrescible du genre. D’un côté Chloé, de l’autre Joseph, guyanais né en métropole, taiseux mais bon flic, subtilement habité par le comédien Adama Niane, théâtreux au long cours, mais aussi téléviseux, l’avocat Sébastien Sangha de Plus belle la vie, c’est lui. On comprend très vite que lui aussi, il en plein le sac à dos des blessures de l’âme dont une qui…

De bien beaux clichés

Jusque-là, me direz-vous, rien de bien nouveau sous le soleil, qu’il brille en Guyane ou en métropole. Certes, mais comme en Guyane, c’est plus souvent, irait-on jusqu’à dire que cette histoire baigne autant dans le fleuve Maroni que dans le cliché, ou y a-t-il autre chose qui va sourdre d’entre les images d’Epinal dont  le premier épisode se résume à  une galerie magistrale ? Eh bien oui, car ce catalogue de poncifs, c’est exprès ! Chloé présente ceci de commun avec la touriste de base, qu’elle possède une pleine valoche de préjugés bas de gamme et bien franchouillards. Elle se fout pas bien mal des finesses qu’il faut respecter, notamment lorsque l’enquête conduit chez les Bushinengués, les Noirs marrons, ces descendants des esclaves usés dans les plantations du Suriname pour venir s’installer sur les rives du fleuve, côté français. Pour Chloé, la méthode fliquesque est universelle. Si ça marche à Paris, ça marche partout. Et qu’elle soit une femme qui doit évoluer dans un environnement salement frappé au coin d’un patriarcat tout ce qu’il y a de machiste, elle s’en fout ! Sur ce point, elle a raison d’ailleurs. Mais ça coince. Ca bloque, même. Au point qu’à la fin du premier épisode, outre la clichitude hénaurme, on craint aussi que le scénario ne soit juste fondé sur les oppositions d’un binôme dont tout sépare les monômes.

De l’enquête à la quête

Heureusement, le scénariste, le romancier Aurélien Molas,  et le réalisateur, Olivier Abbou, ne sont pas né de la dernière pluie copieuse, typique de la Zone Intertropicale de Convergence. Le poids du lourd passé de la Guyane revient en force, plein de blessures, comme les personnages, sauf qu’à l’inverse des méthodes policières, la douleur est la même sous toutes les latitudes. De ténébreuses et magiques croyances, liées au vaudou, ajoute une « en » de moins à l’enquête, qui se double alors en quête, un voyage initiatique, qui nous fait pénétrer la jungle et l’intimité des personnages, en zigzag de ce qui les rapproche à ce qui les séparent. On va suivre Chloé et Joseph sur la piste dans l’horreur. Il est des scènes pendant lesquelles faut s’accrocher la moindre. Cependant, subtil est le dosage entre la trajectoire des personnages et l’intrigue, haletante, un peu comme Chloé, qui exprime tout l’éventail de ses angoisses en halètements tant toniques qu’on en perd parfois le souffle. Mentionnons encore une cinématographie subtile, qui va dans le sens du propos, se déclinant avec un succès égal au rythme classique du polar que dans le portait intimiste, sans se priver d’une esthétique pure mais qui fait sens, avec ce qu’il faut de grammaire du suspense… Maroni, les fantômes du fleuve, une très bonne mini-série policière doublée d’un plaidoyer en faveur de l’acceptation de l’autre, des autres, et de leur façon de penser, de leur manière de souffrir.

La série sur le site d’Arte.

MARONI, LES FANTÔMES DU FLEUVE

La série n’est plus disponible en VOD mais en DVD
sur la boutique d’Arte

LITTÉRATURE – Geneviève Bridel

PSYCHO PHILO – Anne-Laure Gannac

Bernard Quiriny, L’affaire Mayerling, Editions Rivages

L’urbanisme sans urbanité est-il possible? Pas pour Bernard Quiriny qui décrit l’enfer de l’habitat collectif dans un immeuble où le bon marché et la promiscuité conduisent au pire.

Sur le site des éditions Rivages

La vérité est-elle dans le local?

Nouvelle étape dans la réforme de Facebook : Mark Zuckerberg annonce que le réseau social va privilégier les informations locales. Objectifs avancés : stimuler l’engagement des citoyens et mettre en avant ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise. L’info, telle une tomate, est-elle plus saine quand elle est d’origine locale?

BONUS LITTÉRATURE

L’histoire récente de la société égyptienne dans un immeuble
Alaa al-Aswany, L’immeuble Yacoubian (2006) – Bande-annonce – VOSTFR
2018-02-20T22:23:37+00:00

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