TÉHÉRAN
HACKERS AU CŒUR À CŒUR DU NUCLÉAIRE IRANIEN

3 octobre 2020

Un schéma classique: deux nations ennemies qui s’espionnent pour se piquer des secrets ou pratiquer des coups bas. Si on regarde vers le nord, à gauche Israël, à droite l’Iran, ennemis jurés depuis 1979 lors de l’avènement de la République islamique.

Ecouter la chronique (6’56”)

En partance de l’aéroport international Reine-Alia de Amann, Jordanie, les passagers embarquent dans un avion à destination de l’Inde. Le scénario se focalise sur deux couples, d’abord une femme en niqab accompagnée d’un homme dont on ne sait pas exactement ce qu’il représente pour elle, et deux touristes, un frère et une sœur de nationalité israélienne qui ont profité du tarif bas offert pour ce vol en last minute. Au milieu du vol, un des moteurs de l’avion qui péclote, atterrissage forcé… à Téhéran.

Aller simple en prison

Les deux Israëlien·ne·s refusent de sortir de l’avion persuadé·e·s qu’ielles sont de se faire immédiatement jeter en prison à cause de leur nationalité, mais aussi parce que le frère est homosexuel et comme il le dit à sa frangine: « Tu sais ce qu’ils leur font aux homos, en Iran ? » Le chef de cabine va les contraindre à sortir de l’avion le temps des réparations et, bien évidemment, ielles se font arrêter. Pendant ce temps-là, la femme en niqab s’est rendue aux toilettes où elle échange ses vêtements avec une hôtesse de l’air qui l’attendait. Au moment où elle ressort elle est reconnue par l’Israélienne qui a demandé une pause pipi pendant son interrogatoire: elle était une de ses supérieures hiérarchiques au service militaire. L’épisode alerte les gardes qui accompagnent l’Israélienne, mais la nouvelle hôtesse de l’air a tout le temps de quitter l’aéroport et de se fondre dans la foule de Téhéran.

Une espionne dans la ville

La panne était donc une fausse panne, l’hôtesse de l’air une fausse stewardess et la femme en niqab une vraie espionne qui a pour mission de s’infiltrer dans la centrale électrique où la femme avec laquelle elle a échangé ses vêtements travaillait pour couper le courant, afin de de rendre la défense aérienne iranienne momentanément inefficace et permettre à deux avions de chasse israéliens de venir lâcher des bombes sur un site nucléaire suspecté de fabriquer la bombe atomique. Mais rien ne va se dérouler comme prévu…

Téhéran- Les séries de Pascal Bernheim

Tamar Rabinyan (Niv Sultan) / Apple

C’est le point de vue des héroïnes qui guide le récit et c’est là tout l’intérêt de la série Téhéran. Tamar l’espionne d’abord, Israélienne née à Téhéran, dont toute la famille a dû fuir l’Iran après la révolution islamique, une histoire de déracinement et de double identité qui contient bien plus d’universalité que n’importe quelle gesticulation géopolitique. Tamar va devoir très vite se confronter au harcèlement sexuel que subissait Zhila, dont elle a pris l’identité, sur son lieu de travail, une situation intenable qui l’a poussée à fuir son pays et à ne plus vouloir y revenir, malgré tout l’amour que lui porte son mari. Seule la tante de Tamar a choisi de rester en Iran, le pays de l’homme qu’elle a épousé avant la révolution, les deux femmes vont se retrouver, et l’israélienne fera la connaissance de sa cousine de Téhéran, Razieh, une adolescente qui milite au sein d’un groupe de jeunes iranien·ne·s qui soutient les islamistes et manifeste contre la morale libérale et les revendications d’une autre frange de la jeunesse qui en a assez d’être opprimée par le totalitarisme des mollahs.

Triangle Israël – Iran – Etas-Unis

Une production américaine, qui raconte une histoire conçue, écrite et réalisée par une équipe israélienne et qui se déroule dans la capitale iranienne… drôle de triangle ! N’ayant vu que les quatre épisodes disponibles à ce jour, je ne me prononcerai pas définitivement sur les tenants et aboutissants géopolitiques des coulisses de cette série, mais si on a pu craindre un manichéisme de base, fleurant bon sa guerre-froide-façon-James-Bond — d’un côté tous les gentils et tous les méchants de l’autre — la série Téhéran est beaucoup plus nuancée. Il semblerait même qu’à un certain moment, les motivations de Tamar à réaliser sa mission changent et ne soit plus dictées par les ordres qu’elle a reçus du Mossad… 

Voir la bande-annonce (Version originale sous-titrée en anglais… Merci Apple!!!)

Sur Apple TV+ (VF et VOSTFR) un épisode chaque jeudi jusqu’au 29 octobre 2020.
Déconseillé aux moins de 16 ans.

Le bonus

Littérature - Geneviève Bridel

Maryam Madjidi
Marx et la poupée
Le Nouvel Attila

Maryam Madjidi - Marx et la poupée

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.
À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan au profit du français qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.

Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.