MASUM
POLAR ET INNOCENCE ENTRENT DANS LA DANSE

20 mars 2021

Dans une paisible ville de campagne, un officier à la retraite et sa famille se retrouvent entraînés dans une affaire de meurtre nourrie de sombres secrets. Masum est une mini-série subtile qui explore, entre autres, les ravages de la folie dans une famille et son entourage, d’autant plus dramatiques, que certain·e·s attisent les braises afin de satisfaire leurs propres intérêts. Une distribution exceptionnelle au service d’un scénario sans complaisance mis en scène de manière aussi troublante que surprenante.

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Depuis quelques mois, les séries turques intéressent de plus en plus les plateformes internationales : la Turquie est le deuxième exportateur de séries au monde, derrière les USA. Masum veut dire « innocent », Innocence est d’ailleurs le titre choisi pour la version sous-titrée en anglais. Sur Netflix Suisse, la série s’intitule Das Geheimnis des alten Polizeikommissars… Je vous laisse juge des choix étranges du département marketing. Mais si vous tapez m-a-s-u-m, dans le champ de recherche de Netflix, vous tombez sur Das Geheimnis des alten Polizeikommissars en tête de liste des résultats ! Ouf…

Un accident troublant

Cevdet, policier stambouliote à la retraite a quitté la capitale en compagnie de sa femme, Nermin, pour s’aller installer dans une maison de campagne proche du bord de mer. Cevdet et Nermin rongent leur chagrin après la disparition de leur fils aîné, Taner, dont la voiture a plongé dans la mer. Plouf. Sauf que le corps de Taner n’était pas dans la voiture… En revanche, sur le siège du passager, encore attachée par sa ceinture de sécurité, il y avait Emel, l’épouse du frère cadet de Taner, Tarik. Nous avons donc un accident dont les circonstances sont assez troubles, un présumé mort pour l’instant disparu, une cadavre tout ce qu’il y a de décédée et des parents éploré·e·s… En allant au plus simple, on se dit qu’il y avait du fricotage beau-frère – belle-sœur et que l’affaire a mal tourné. Mais un bon scénario ne saurait se contenter d’un incipit aussi banal, pensez bien ! Dans le cadre idyllique de la maison de Cevdet et Nermin arrive Yusuf, la quarantaine triste après la séparation d’avec sa femme et de leur fille ado qui vit avec sa mère. Comme Cevdet, Yusuf est flic au sein de la criminelle d’Istanbul, mais ce dernier n’a pas encore la renommée qu’a acquise son ancien supérieur désormais retraité. Yusuf souffre plutôt de sa tendance à se mal comporter et faire n’importe quoi, plombé qu’il est par la déprime. Son patron décide alors de l’envoyer chez Cevdet et Nermin sous prétexte de se changer les idées en rendant visite à un collègue et ami de longue date, mais avec tout de même la mission de fouiner pour éventuellement recueillir quelques indices à propos de l’accident de voiture et de la disparition de Taner. D’autant que Taner et Yusuf se connaissaient depuis l’enfance, une enfance pendant laquelle ils ne se sont pas privés de faire des conneries…

Masum - Ali Atay - Les séries de Pascal Bernheim

Yusuf (Ali Atay) / BluTV

Un cerveau troublé

Bien que ce début puisse paraître extrêmement classique, on comprend très vite qu’il se passe quelque chose de grave, quelque chose de bien plus complexe que ce qu’on a pu croire au début, quelque chose protégé par un secret, d’ailleurs assez rapidement partagé avec les spectatrices et les spectateurs : Tarik, le frère cadet, n’a pas tous les boulons de la tête bien serrés. Là réside l’intérêt central que suscite « Masum ». Comment les parents, les ami·e·s, les proches, comment réagissent-ielles ? Quelle est leur position, leur attitude, leur ouverture d’esprit face à quelqu’un qui se met à déraper dans la réalité ? La solidarité familiale va-t-elle d’abord se révéler pertinente ou totalement à côté de la plaque ?

Masum - Tyulin Ozen - Les séries de Pascal Bernheim

Emel (Tyulin Ozen) / BluTV – Netflix

Un cerveau troublé

Bien que ce début puisse paraître extrêmement classique, on comprend très vite qu’il se passe quelque chose de grave, quelque chose de bien plus complexe que ce qu’on a pu croire au début, quelque chose protégé par un secret, d’ailleurs assez rapidement partagé avec les spectatrices et les spectateurs : Tarik, le frère cadet, n’a pas tous les boulons de la tête bien serrés. Là réside l’intérêt central que suscite « Masum ». Comment les parents, les ami·e·s, les proches, comment réagissent-ielles ? Quelle est leur position, leur attitude, leur ouverture d’esprit face à quelqu’un qui se met à déraper dans la réalité ? La solidarité familiale va-t-elle d’abord se révéler pertinente ou totalement à côté de la plaque ?

Masum - Okan Yalabyk - Les séries de Pascal Bernheim

Tarik (Okan Yalabyk) / BluTV – Netflix

Un miroir trouble

Les histoires parallèles, comme le divorce de l’inspecteur de police Yusuf ou celle de Taner, le frère aîné disparu, et de sa femme Rüya, ces histoires entretiennent un lien avec l’intrigue principale. Ces liens sont plus ou moins directs, voire dans une relation de cause à effet, parfois dans une sorte de résonnance allant du rapprochement à la similitude presque parfaite, opérant ainsi un effet de miroir, plus ou moins déformant qui apporte ainsi une plus-value au propos central, quant à l’universalité supposée des rapports humains et de nos attitudes sociales. En ce sens, le scénario de « Masum », signé Berkun Oya (également au générique de la série « Bir Baskadir » sur laquelle Vertigo s’est penché il y a un petit mois) est extrêmement subtil, tout en nuances, sans compromis, abusant parfois du flash-back, heureusement que la longueur de la barbe des protagonistes masculins vient à notre secours en tant que marque temporelle ! Et la réalisation de Seren Yüce va dans le même sens, qui cherche aussi à nous faire appréhender la réalité d’un point de vue non conventionnel, on pense notamment à la scène d’ouverture du troisième épisode qui donne à la fois dans le délire d’un ballet imaginaire, dans la sucrerie sans guimauve guimauve et dans l’identité sexuelle… Enfin, la distribution est exceptionnelle, les actrices et les acteurs sont toustes d’une justesse rare, leur interprétation servant à chaque instant le thème évoqué par le titre de la série, « Masum », « innocence ». Et puis la musique, composée par Okan Kayan, qui rythme la narration autant que le montage, tout en se jouant de nos sentiments.

Voir la bande-annonce

Masum - Haluk Bilginer et Serkan Keskin - Les séries de Pascal Bernheim

Sur Netflix (VOSTFR), huit épisodes de 44 à 60′.