UN HOMME D’HONNEUR
DE CHARYBDE EN SCYLLA

27 mars 2021

Cette série produite par TF1 est diffusée en primeur depuis le 19 mars dernier sur RTS1. Mais Un homme d’honneur n’est pas à proprement parler une série une française . Il s’agit de l’adaptation d’une série israélienne sortie en 2017 sous le titre Kvodo, que je n’ai pas vue. Mais Kvodo a déjà été adaptée aux Etats-Unis pour Showtime sous le titre Your Honor, qu’on peut voir depuis fin janvier en Suisse via Canal+  et celle-ci, comme la version française Un homme d’honneur, je l’ai vue!

Ecouter la chronique (5’00”)

Le juge Richard Altman (Kad Merad, à droite) et son fils Lucas (Rod Paradot) / TF1

Avec les nations scandinaves, Israël doit probablement se placer dans le peloton de tête des pays dont les séries sont les plus adaptées à l’étranger.

Le jeu vaut-il la chandelle?

Dans le cas présent, les adaptations allemande, espagnole, indienne et russe de Kvodo sont en production. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres: la série En thérapie, dont l’adaptation française cartonne actuellement sur Arte, est aussi une série originale israélienne créée en 2005, Be Tipul, qui, depuis, arrive gentiment à une vingtaine d’adaptations en autant de langues et de réalités sociales différentes selon le pays. Mais revenons à Un homme d’honneur et comparons un peu les contextes… L’adaptation américaine, Your Honor, est diffusée sur des services payants, Showtime, Canal+, alors que l’adaptation française, Un homme d’honneur, est diffusée sur des chaînes privées ou de service public dont l’accès est gratuit, en direct ou en vidéo à la demande. Sur PlayRTS, les deux premiers épisodes sont disponibles jusqu’au 16 avril.

Masum - Ali Atay - Les séries de Pascal Bernheim

Le juge Richard Altman (Kad Merad) / TF1

Les adaptations valent-elles le voyage?

Il faut savoir d’abord que la trame du récit est rigoureusement la même, qui raconte l’histoire d’un juge dont la vie va méchamment basculer après que son fils a commis un délit de fuite suite à un accident avec un motard qu’il va laisser pour mort au bord de la route. Ce juge va d’abord convaincre son fils de se dénoncer à la police, mais lorsqu’il découvre que le motard renversé est le fils d’un puissant mafieux, il sait que son propre fiston s’exposerait à un grave danger s’il se dénonçait. Le juge décide donc d’emprunter un chemin largement hors-la-loi, car il est prêt à tout pour protéger son rejeton. Ainsi, va-t-il renier les uns après les autres tous ses principes et dès lors se laisser entraîner dans une spirale qui va très vitre se transformer en une descente aux enfers des plus vertigineuses…

Masum - Tyulin Ozen - Les séries de Pascal Bernheim

Samir Belaïd (Hedi Bouchenafa) / TF1

Le jeu des différences

Les différences d’une adaptation à l’autre se nichent parfois dans les façons de faire et les contraintes de chaque production. Par exemple, la cinématographie : si en France, la caméra n’est souvent que le témoin du dialogue et du jeu des comédien·ne·s, aux Etats-Unis, l’image en raconte autant, si ce n’est plus que le bavardage français. Il y a évidemment un paramètre budgétaire dans cette équation : tourner vingt plans pour une scène coûte bien moins cher qu’en tourner cinquante ou cent. Et ça se ressent aussi sur le rythme du récit: l’Amérique laisse du temps au temps, notamment pour que nous nous imprégnions du ressenti des personnages, du coup ça traîne parfois et les acteurs grimacent à l’envi façon “Nicholson” au carré, avec un ridicule consommé, alors que la France ne s’y attarde guère. L’adaptation américaine compte d’ailleurs dix épisodes de cinquante-deux minutes totalisant ainsi environ huit heures et demie de fiction, la version française ne compte que six épisodes de quarante-huit minutes, soit moins de cinq heures. Quant à la série israélienne, elle compte douze épisodes pour un total de plus de sept heures. A noter que la deuxième saison de Kvodo vient de débuter sa diffusion en Israël.

Masum - Tyulin Ozen - Les séries de Pascal Bernheim

La comissaire Laure Constantine (Zabou Breitman) et le juge Richard Altman (Kad Merad) / TF1

Un partout les balles au centre

Si ces calculs peuvent paraître anecdotiques, il n’en reste pas moins qu’autant la version américaine que la version française partagent la même qualité en ce qui concerne leurs distributions (à part les grimaces!) Par exemple, le juge, personnage principal, nous offre deux visions, deux approches, deux hommes aux caractères différents dans un contexte similaire selon la proposition de Kad Merad en France et celle de Bryan Cranston outre-Atlantique. Mais le bât blesse sérieusement dans les choix scénaristiques. Your Honor se complaît dans une mélasse morale dont les Etats-Unis ont le secret pour aboutir à une conclusion caricaturale et lourdingue qui confine à la nullité absolue, alors que dans Un homme d’honneur, non seulement les scénaristes français·e·s, Laurent Vachaud, Anthony Maugendre et Léa Fazer proposent aux personnages des trajectoires qui les impliquent beaucoup plus dans l’intrigue et nous offrent à la fin un vrai rebondissement, dont je ne vous dirai évidemment rien, sauf qu’il n’existe pas dans l’adaptation américaine!

Voir la bande-annonce

Masum - Haluk Bilginer et Serkan Keskin - Les séries de Pascal Bernheim

Un homme d’honneur sur PlayRTS (VO), six épisode de 42 à 53′.

Your Honor, sur myCANAL (VOSTFR + VF), dix épisodes de 52′.

Un homme d’honneur sur PlayRTS (VO), six épisode de 42 à 53′.

Your Honor, sur myCANAL (VOSTFR + VF), dix épisodes de 52′.

Les bonus

Littérature - Lisbeth Koutchoumoff

Issa Watanabe
Migrants
La Joie de Lire

Ils sont tous là, lion, toucan, cochon, éléphant, lapin, grenouille… tous différents mais tous avec un petit bagage à la main ou sur le dos. Dans la sombre forêt ils marchent. La Mort, joliment vêtue d’une cape fleurie, les suit, assise sur le dos d’un magnifique oiseau bleu. Compagne discrète, elle veille…
Ils marchent tous ensemble, courbés par la fatigue et la tristesse. Parfois ils s’arrêtent pour dormir ou manger, assis en cercle. Et soudain, ils aperçoivent la mer… Tous se précipitent pour monter dans une barque bien fragile qui ne peut supporter tout ce poids et finit par craquer. La Mort attend le bon moment…

Les illustrations aux couleurs énergiques et profondes, le fond noir des images et le choix d’animaux anthropomorphes donnent à cet album sans texte sur les migrants et les déracinés de tout pays, une force sourde, une dimension politique bien plus percutante qu’un long discours.

Philosophie - Anne Laure Gannac

Emmanuel Kant
Critique de la raison pratique
Collection Folio essais (n° 133)

«Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. La première commence à la place que j’occupe dans le monde extérieur des sens, et étend la connexion où je me trouve à l’espace immense, avec des mondes au-delà des mondes et des systèmes de systèmes, et, en outre, aux temps illimités de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée. La seconde commence à mon invisible moi, à ma personnalité, et me représente dans un monde qui possède une infinitude véritable, mais qui n’est accessible qu’à l’entendement, et avec lequel je me reconnais lié par une connexion universelle et nécessaire. La première vision anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale, qui doit restituer la matière dont elle fut formée à la planète, après avoir été douée de force vitale pendant un court laps de temps. La deuxième vision, au contraire, rehausse ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une vie indépendante de l’animalité, et même de tout le monde sensible.»
Emmanuel Kant

Traduit de l’allemand par Luc Ferry et Heinz Wismann.
Édition publiée sous la direction de Ferdinand Alquié.