IMPEACHMENT
UNE PETITE ROBE BLEUE
6 novembre 2021

Grâce à la troisième saison d’American Crime Story dont chacune raconte une histoire différente, ce n’est pas un meurtre qui va nous intéresser, mais une pratique déviante de notre société depuis des lustres : le harcèlement.

Ecouter la chronique (6’47”)

En 2016, la première saison d’American Crime Story revenait sur l’affaire O.J. Simpson, accusé d’avoir assassiné son ex-épouse et son compagnon, toustes les deux de race blanche, en questionnant précisément le racisme dans la société américaine à la fin du XXe siècle. La saison suivante, en 2019, relate la vie d’Andrew Cunanan, tueur en série connu pour avoir abattu le couturier italien Gianni Versace en 1997, à Miami, et s’interroge sur l’homophobie aux USA à la même époque. Cette nouvelle saison, qui se déroule aussi dans les années nonante, s’intéresse cette fois-ci au harcèlement, notamment sexuel, à la manipulation dans la sphère politique, avec les coups bas que cela suppose pour affaiblir ses adversaires. Au centre de l’intrigue d’Impeachment, la célèbre affaire Lewinsky – Clinton.

Bill Clinton (Clive Owen) et Monica Lewinsky (Beanie Feldstein) / FX – Canal+

Mentir, c’est tromper?

Ce n’est pas à cause d’un comportement déplacé ou d’une conduite inappropriée que le président Clinton a dû se soumettre à une procédure de destitution. C’est un mensonge sous serment de la part du président des États-Unis en fonction qui déclenche la procédure. Le 26 janvier 1998, Bill Clinton tient une conférence de presse télévisée à la Maison-Blanche, et il déclare devant toute l’Amérique: “Je n’ai pas eu de rapports sexuels avec cette femme, Mademoiselle Lewinsky”.

S’ouvre alors en grand la porte pour une procédure de destitution sous les motifs de crimes de parjure et d’entrave à la justice. Voilà pour le cadre historique. Cependant, American Crime Story: Impeachment ne consiste pas en un simple rappel documentaire de faits historiques. La série va beaucoup plus loin en s’intéressant aux paramètres sociaux et humains des crimes qu’elle investigue.

Bill Clinton (Clive Owen) / FX  – Canal+

Les femmes au centre du jeu polititque

Au centre du récit, deux femmes. D’abord Monica Lewinsky évidemment, qui a d’ailleurs obtenu un statut de coproductrice de la série, lui offrant de facto une garantie de crédibilité à sens unique, et Linda Tripp, décédée en 2021, nous privant ainsi de sa version des faits.

Linda Tripp travaille comme secrétaire à la Maison-Blanche sous l’administration de George Bush déjà et elle y restera après l’élection de Bill Clinton. Mais on imposera à cette secrétaire farouchement républicaine une voie de garage mieux payée au Pentagone. C’est là qu’elle rencontre Monica Lewinsky, qui, elle aussi, a dû quitter l’aile ouest de la Maison-Blanche en direction du Pentagone. Linda devient alors la confidente de Monica, qui lui racontera tout de sa liaison avec le président Clinton. Linda Tripp va se servir de Monica Lewinsky, notamment en enregistrant toutes leurs conversations téléphoniques, et pourra ainsi instrumentaliser la maîtresse du président des États-Unis comme levier d’un processus de vengeance qui représente le moteur principal de la vie de Linda Tripp. Bien sûr, le scénario d’Impeachment démontre aussi tous les jeux de pouvoir qui se mettent en place autour de l’affaire, qui débute réellement avec une autre affaire, l’affaire Paula Jones, fonctionnaire de l’Arkansas qui a poursuivi en justice pour des faits de harcèlement sexuel alors qu’il était encore gouverneur, le président des États-Unis Bill Clinton, qui se révèle un type minable, totalement dénué de courage dans ses rapports avec les femmes, principalement la sienne, Hillary.

Linda Tripp (Sarah Paulson) et Monica Lewinsky (Beanie Feldstein) / FX – Canal+

Une chronologie compliquée

Dans les premiers épisodes, la narration nous perd un peu pour des motifs chronologique. Bien sûr les dates des faits sont explicites dans la série, mais avec les allers-retours temporels, il n’est pas inutile d’aller fouiner sur Wikipédia pour rétablir une vue d’ensemble un peu plus claire.

Heureusement, on reste captivé par l’approche humaine des personnages. Monica Lewinsky apparaît ici comme une jeune femme amoureuse, complètement sous la coupe de celui qui profite d’elle au point qu’il devient la personnification même de l’adage qui prétend que l’amour rend aveugle. Elle est comme une âme perdue dans la tempête du cynisme des politiciennes et des politiciens qui l’entourent et la manipulent. Et le choix narratif de la série, c’est-à-dire mettre en avant les personnes plutôt que les faits, ce choix ne pouvaient réussir qu’avec des actrices et des comédiens talentueux. Tant Beanie Feldstein qui incarne Monica Lewinsky que Sarah Paulson en Linda Tripp – sans oublier Bill Clinton qui prend les traits de Clive Owen – et puis bien sûr toustes les autres!

Alors peu importe de savoir si les personnages ressemblent physiquement à leurs modèles réels, comme s’y attache un nombre consternant de gazettes, ça n’a strictement aucun intérêt. Ce qui compte à nos yeux, c’est la vraisemblance: elle est au rendez-vous.

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Sur Canal+ • 10 épisodes

Déconseillé aux moins de 10 ans