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BAGHDAD CENTRAL | Les séries de Pascal Bernheim
BAGHDAD CENTRAL
SANG VERSÉ, SANG SAUVEUR
28 avril 2021

Histoire, politique, guerre, enquête, espionnage, corruption, sociologie et rapports humains dans une seule mini-série, c’est Baghdad Central. En Irak, après la chute de Saddam Hussein en 2003, la coalition internationale s’est installée. A sa tête, les États-Unis d’Amérique, qui vont diriger les hommes et les femmes qui viennent d’une cinquantaine de pays. Mais seuls les deux pays qui comptent les plus gros contingents vont nous intéresser : les États-Unis, deux cent cinquante mille soldats et le Royaume-Uni, quarante mille.

Ecouter la chronique (7’35”)

Mushin al-Khafaji (Waleed Zuaiter) / Channel 4

Pourtant, il ne s’agit pas d’une série américaine, mais britannique où les Irakiennes et les Irakiens sont au centre même du récit. En 2003 l’Irak patauge dans le chaos, a fortiori sa capitale, Baghdad. D’un côté, les insurgés qui luttent contre les pays qu’ils considèrent envahisseurs, c’est-à-dire la coalition internationale qui, de l’autre, tente de démanteler les restes des forces de sécurité qui servaient le régime de Saddam Hussein. Bien sûr, la coalition a besoin d’aide locale. C’est ainsi qu’un ancien inspecteur des services secrets irakiens, Mushin al-Khafaji (Waleed Zuaiter), va accepter de coopérer avec les Britanniques et les Américains, même s’il est loin d’être enchanté de jouer les collabos. La seule motivation de Mushin al-Khafaji consiste à protéger ce qu’il reste de sa famille, ses deux filles, Mrouj (July Namir) et Sawsan (Leem Lubany), qu’il élève seul.

Jeux de dupes

Mushin est engagé par Frank Temple (Bertie Carvel), un Britannique qui fait d’abord penser à un bureaucrate flegmatique que tout oppose à une caricature de gradé américain à tête carrée, le capitaine John Parodi (Corey Stoll), qui lui aussi réclamera les services de Mushin al-Khafaji, qui, lui, va échanger ses services contre des dialyses pour Mrouj, sa fille cadette malade, et qui va aussi en profiter pour fouiner dans les infos disponibles, pour poser des questions à propos de son aînée, Sawsan, qui a disparu.

Masum - Tyulin Ozen - Les séries de Pascal Bernheim

Sawsan al-Khafaji (Leem Lubany) / Channel 4

Survivre

Très vite dans Baghdad Central, deux camps se dessinent, tant dans la population irakienne que dans la coalition internationale, d’un côté les « gentils », de l’autre les « méchants », avec beaucoup de nuances, la série n’est pas simpliste. Et chaque camp de partager une même préoccupation : servir ses propres objectifs, voire ses propres intérêts, dont le plus important consiste à tout faire pour rester vivant. D’autant que, même en plein chaos socio-politique avec des soldat·e·s et des insurgé·e·s partout, toutes et tous abondamment armé·e·s, les « gentils » des deux camps essaient difficilement de rétablir l’ordre public en tentant de contrarier les plans des « méchants » – des deux camps aussi –, qui s’allient afin de s’enrichir en bafouant toutes les valeurs morales, dans un système où la corruption règne en maîtresse. Sans oublier un troisième camp, tout aussi motivé et dangereux, les insurgé·e·s qui rêvent d’un nouvel Irak débarrassé de Saddam quel que soit le prix à payer, en se battant contre la coalition internationale qu’ielles considèrent comme l’envahisseur. Et les femmes insurgées réclament une émancipation, une liberté, in fine une égalité avec les hommes.

Masum - Ali Atay - Les séries de Pascal Bernheim

Mushin al-Khafaji (Waleed Zuaiter) / Channel 4

Large panorama

Grâce aux talents conjugués de l’auteur du livre homonyme duquel la série est tirée, Elliott Colla, universitaire américain spécialiste du Moyen-Orient et celui du scénariste et showrunner anglais Stephen Butchard, qui choisit un mode narratif conduisant du particulier au général par le biais des différents personnages et de leurs trajectoires, le récit réunit un panorama assez complet du drame irakien à cette époque, offrant ainsi une épaisseur très convaincante à la série, sans tomber dans une simplification abusive pas pl  us que dans un manichéisme réducteur. La partition est plutôt subtile, la narration solide qui propose une montée en puissance de l’action et du suspense de bon aloi. Mais on n’échappera pas un petit dérapage « violonesque » méchamment ricain sur la fin…

Voir la bande annonce VOSTFR

Masum - Haluk Bilginer et Serkan Keskin - Les séries de Pascal Bernheim
Baghdad Central sur arte.tv (VO), six épisode de 47′. Disponible jusqu’au 7 mai 2021. Ensuite, achat en VOD.

Diffusion sur RTS 1 dès le mercredi 4 août 2021 à 22h30 et sur Play RTS durant 30 jours après diffusion.

Les bonus

Littérature - Geneviève Bridel

Phil Klay
Fin de mission
Gallmeister

Un soldat en Irak doit abattre des chiens qui se nourrissent de cadavres, puis, quelques mois après, reprendre place sur son canapé dans une banlieue résidentielle où femme et labrador l’attendent. Un marine affecté aux “Affaires mortuaires” identifie, transporte et inhume des combattants indistinctement irakiens et américains. Pendant ce temps, un jeune officier se voit assigner la tâche absurde d’améliorer la vie des civils en leur apprenant à jouer au base-ball. 

Dans Fin de mission, Phil Klay emmène le lecteur sur les lignes de front de l’Irak et de l’Afghanistan. Il cherche à comprendre ce qui s’est passé là-bas, mais aussi, surtout, comment vivent ceux qui sont rentrés. Entre brutalité et foi, culpabilité et peur, impuissance et besoin de survie, les vétérans cherchent un sens à donner au chaos auquel ils ont échappé.

Écrit avec un réalisme pur et dur, ce livre fait de Phil Klay l’une des nouvelles voix les plus talentueuses de sa génération.

Tradiot de l’anglais (américain) par François Happe.

Philosophie - Pascaline Sordet

Jean-Michel Chaumont
Survivre à tout prix?
La Découverte

Pendant des millénaires, il fut attendu des victimes confrontées à des circonstances extrêmes que leurs conduites se conforment à des codes d’honneur terriblement exigeants. A-t-il trahi les siens celui qui a survécu à la torture ? A-t-elle trop facilement cédé celle qui a connu le viol ? Ces survivants suspects ont-ils sacrifié leur honneur à leur survie ? Questions traumatisantes, disent certains. Questions pourtant posées avec une surprenante récurrence pendant des siècles et des siècles, comme l’explique Jean-Michel Chaumont.
Or, depuis quelques décennies, dans les sociétés occidentales, ces codes d’honneur sont frontalement contestés, et sont même perçus comme d’intolérables blâmes adressés aux victimes. Si tout le monde s’accorde à reconnaître le progrès moral que cette critique fait advenir dans le cas du viol (la morale n’attend plus que la femme victime se justifie de son comportement), elle tend à promouvoir une éthique de la survie à n’importe quel prix dans les situations de péril extrême. Ce livre ambitieux reconstruit les critères qui ont pu départager les conduites honorables et les conduites déshonorantes, et montre, archives à l’appui, qu’il y a peu encore ces critères furent appliqués à des résistants communistes et aux victimes de la Shoah, en particulier les membres des Sonderkommandos. Il signale les évolutions considérables de nos sensibilités morales et pointe les régressions associées au risque d’un « chacun pour soi » décomplexé.
Si la trahison devenait la norme implicite, si l’éthique de la survie devait passer avant celle de l’honneur, et de la fidélité aux siens, ne serait-il pas à craindre que le jour venu, face à l’extrême, nous ne perdions nos âmes ?