BRAND NEW CHERRY FLAVOR
ŒIL POUR ŒIL, DENT POUR CERISE
28 août 2021

Un peu de sang frais, c’est idéal pour pour la reprise ! Cependant, dans Brand New Cherry Flavor, il n’y a pas que du sang. Il y a aussi du sens et ce titre anglais, utilisé pour la version française, signifie Un tout nouveau parfum cerise. Netflix propose Brand New Cherry Flavor depuis le vendredi 13 août, ce n’est pas un hasard!

Ecouter la chronique (6’15”)

Lisa Nova (Rosa Salazar) / Netflix

Dans les années 1990 à Los Angeles, une jeune réalisatrice, Lisa Nova (Rosa Salazar), rejoint Hollywood pour y tenter sa chance après qu’elle a tourné un court métrage d’horreur.

Du court au long

Lisa Nova désire réaliser un long métrage sur la base du scénario de son court métrage intitulé L’œil de Lucy. Elle a envoyé une copie un producteur, Lou Burke (Eric Lange), authentique cliché has-been qui a connu son heure de gloire, qui est intéressé par le projet. Burke signe un contrat avec Lisa et acquiert ainsi les droits de L’œil de Lucy en assurant à Lisa que c’est bien elle qui réalisera le film. Un soir que Burke raccompagne Lisa dans sa Mercedes décapotable —la même que celle du flic de Beverly Hills— Burke pose sa main sur la cuisse de Lisa, qui l’envoie clairement aux pives. Évidemment, le producteur ne se le tient pas pour dit et, alors qu’il explique à Lisa les rapports entre les prédateurs et leurs proies, il devient violent et l’attaque physiquement. La jeune femme réussit une fois encore à se débarrasser de l’importun.

Lisa Nova (Rosa Salazar) / Netflix

Méthode Weinstein

Lisa Nova se fait évidemment larguer du projet, un autre réalisateur est engagé pour le film. Lisa décide alors de se venger! A partir de cet instant, on s’accroche un peu avec les ongles aux accoudoirs de son fauteuil! Lors du vernissage de l’exposition d’une créatrice surfaite comme on n’en voit malheureusement pas qu’à Hollywwod, Lisa est approchée par une vieille excentrique, espèce de sorcière mystérieuse et puissante qui se fait appeler Boro (Catherine Keener), qui lui propose de l’aider à se venger de Burke grâce à la magie noire. Lisa accepte sans la moindre hésitation, car, évidemment, elle ne se doute pas une seconde que tout ça va lui retomber sur le coin de la cafetière… Je ne vous en raconte pas plus, sinon Boro va me jeter un sort pour divulgâchis et je n’ai pas du tout envie de vomir des petits chats tout blancs.

Lisa Nova (Rosa Salazar) et Lou Burke (Eric Lange) / Netflix

Le goût de la cerise sur le gâteau

Le ton et la forme de Brand New Cherry Flavor sont plutôt inhabituel·le·s sur Netflix, qui donne généralement dans le formaté maison dont les codes sont limpides et le propos assez simple à comprendre. Avec cette série on oscille plutôt entre David Cronenberg et David Lynch, à la fois dans un climat onirique sur le mode cauchemar et dans un univers où l’expression artistique passe par la destruction. Celle des autres comme la pratique Lou Burke le producteur, la destruction de soi-même comme le fait Roy Hardaway (Jeff Ward), jeune star paumée, coqueluche d’Hollywood, jamais en phase avec l’idéal qu’il représente, ou enfin la destruction des autres et de soi-même en même temps, ce qui est le lot de Lisa Nova. D’ailleurs, la progression fascinante du jeu de Rosa Salazar orchestre la mue inquiétante de Lisa et tout ce petit monde sombre dans une spirale mortifère hypnotisante, initiée par la trouble sorcière Boro, qui au bout du compte se trouve parfaitement à sa place au milieu de cette bande de psychotiques et qui n’est pas sans rappeler la femme à la bûche de Twin Peaks.

Boro (Catherine Keener) et Lisa Nova (Rosa Salazar) / Netflix

#metoo

Dans Brand New Cherry Flavor s’il est bien sûr question de pouvoir féminin, de réappropriation d’une œuvre par sa créatrice et enfin, en filigrane, de relations mère-fille, le déclencheur du récit représente très exactement une situation d’abus de pouvoir et de harcèlement sexuel, le scénario parvient heureusement à créer le trouble tout en évitant le manichéisme à deux balles, le profil des chacun des personnages révélant des facettes qui se complètent ou s’opposent subtilement. Cependant, Brand New Cherry Flavor flanche quand même un peu et devient ennuyeuse lorsque la série tente de nous expliquer le pourquoi du comment, exercice qui ne relève du ni lynchéen pas plus que du cronenbergien. Peut-être qu’au lieu de huit épisodes six auraient suffi, mais quand un ovni de ce genre, dont la qualité est bien supérieure à la défaillance, passe dans le ciel du monde des séries, ce serait dommage de se priver!

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Sur Netflix (VOSTFR et VF) • 8 épisodes

Déconseillé aux moins de 16 ans