HISTOIRE DE LISEY
CHIASSE AU TRÉSOR
12 juin 2021

Publié il y a quinze ans, le quarante-cinquième roman de Stephen King, Histoire de Lisey devient aujourd’hui une série. Avec une équipe de production et une distribution de rêve qui appellent au cauchemar, ce cocktail éveille-t-il l’intérêt?

Ecouter la chronique (7’56”)

Lisey Landon (Julianne Moore) était l’épouse d’un romancier célèbre et prolixe qui s’exprimait dans le genre fantastique-horreur-épouvante. Aujourd’hui, Lisey n’est plus la femme de ce double de Stephen King, puisqu’elle est veuve depuis deux ans, après vingt-cinq de mariage. A ce moment de sa vie, Lisey décide de ranger le vaste bureau de son mari. Elle va découvrir de courts messages, comme des indices destinés à un jeu de pistes.

Dans la tête, le labyrinthe

Lisey va alors devoir parcourir les chemins de sa mémoire et y retrouver des souvenirs de plus en plus détaillés de la vie passée de Scott Landon (Clive Owen), son mari, telle qu’il la lui avait lui-même racontée, souvenirs que Lisey avait enfouis au plus profond de l’oubli parce qu’outre son talent littéraire, l’écrivain avait d’autres qualités, notamment une faculté de cicatrisation rapide hors du commun et surtout la possibilité de se déplacer dans un autre univers, enchanteur et apaisant la journée qui, dès le soleil couché, se transformait en enfer terrifiant et périlleux. Dans le même temps, Lisey va devoir affronter l’aggravation inquiétante de l’état de santé psychique de sa grande sœur Amanda (Joan Allen), qui s’auto mutile et s’enfuit de plus en plus souvent dans de longs moments d’absence. Ce n’est pas tout ! Un type pas tout à lui, Jim Dooley (Dane DeHaan), qui répète à qui veut l’entendre que les livres de Scott Landon l’ont changé, s’immisce dans la vie de Lisey à la demande d’un universitaire, le professeur Roger Dashmiel (Ron Cephas Jones), afin d’obtenir d’elle les manuscrits inédits de feu son mari.

Lisey Landon (Julianne Moore) / AppleTV

Dans la vie, l’inspiration

Stephen King dit lui-même qu’écrire des histoires effrayantes n’est pas un choix, il y voit d’ailleurs une forme de thérapie. D’où vient son inspiration ? Pour Histoire de Lisey, à l’évidence son œuvre la plus intime et la plus autobiographique, qu’il considère comme son meilleur livre, le sujet s’est imposé après qu’il fut hospitalisé pendant un mois à cause d’une pneumonie compliquée. Son épouse, l’auteure Tabitha King (dont la légende raconte qu’elle aurait sorti de la poubelle le premier roman de Stephen King, Carrie, pour le confier à un éditeur) avait mis à profit ce mois d’absence pour repeindre et rénover le bureau de son mari. Une fois rentré, il découvre ses affaires, ses livres, ses papiers, bien rangés dans des cartons. L’image le frappe au point qu’il est persuadé que son bureau serait dans le même état une fois qu’il serait mort et que sa femme devrait gérer cet héritage. D’où la dédicace de Histoire de Lisey à Tabitha King.

Amanda Debusher (Joan Allen) / AppleTV

Dans l’idéal, la promesse

J’ai ce point commun avec Stephen – quand on a un point commun, on peut s’appeler par nos prénoms – c’est aussi mon préféré de ses romans. Mes attentes quant à une adaptation en série étaient donc extrêmement élevées. Et ça me semblait plutôt bien parti : Stephen King lui-même a adapté le roman pour l’écran à la demande de J.J.Abrams, producteur. Très prometteuse aussi la distribution : Julianne Moore dans le rôle de Lisey Landon, Clive Owen dans celui de Scott, enfin Jennifer Jason Leigh et Joan Allen interprètent les deux sœurs de Lisey. Et puis, la mise en scène confiée au réalisateur argentin Pablo Larraín, dont les qualités narratives, subtiles et poétiques, ne sont plus à prouver…

Jim Dooley (Dane DeHaan) / AppleTV

Mais…

Pourtant, même si je n’ai vu que trois épisodes sur huit, je trouve que les spectateur·trice·s sont beaucoup trop rapidement plongé·e·s dans le malaise et l’angoisse. Les comédien·ne·s jouent la partition de la tension paroxystique dès le début, alors que les événements, bien qu’étranges, ne sont pas encore vraiment dramatiques ni terrifiants. Leur restera-t-il une marge de progression pour les cinq épisodes à venir ? Si la musique en rajoute une couche, heureusement, du côté de l’image, c’est encore sage. Si vous êtes vierge de la lecture du roman, dont l’adaptation est d’ailleurs fidèle, vous ignorez ce qui va se passer, l’attrait de la série sera certainement plus évident. Aussi m’en voudrais-je de la dénigrer car, hors mes subjectives réserves, la qualité de la série Histoire de Lisey se place à un niveau très respectable.

Voir les bandes-annonces

Sur tv+ (VF et VOSTFR), dix épisodes.

Déconseillé aux moins de 18 ans.

Le bonus

Littérature - Geneviève Bridel

Rune Christiansen
Fanny et le mystère de la forêt en deuil
Les Editions Noir sur Blanc

Fanny a 17 ans quand ses parents meurent dans un accident de voiture. Elle décide de rester dans la maison familiale, à la campagne, isolée de tous, sans voisins, sans famille, sans amis proches. Fanny a les élans et la fougue de la jeunesse, mais cette ébullition est sous un couvercle de chagrin. En lutte entre deux forces contradictoires, la rage de vivre et le deuil, avec une imagination d’une richesse inouïe, Fanny reprend vie en nourrissant son esprit de lectures, son cœur d’amour, son corps de plaisirs charnels.

Pour la première fois traduit en français, Rune Christiansen a la poésie et le sens de l’observation des grands sensibles. Fanny et le mystère de la forêt en deuil est un conte nordique résolument moderne qui joue avec la fable et le mystérieux.Rune Christiansen a été poète avant de devenir romancier; il a publié neuf recueils de poèmes à ce jour et cinq romans, unanimement salués par la critique, qui portent tous le sceau d’un poète écrivain. Entre autres nombreux prix, il a reçu en 1996 le prix Halldis Moren Vesaas, et en 2014 le prix Brage, deux des plus prestigieux prix littéraires norvégiens.

Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.