LA CHANCE DE TA VIE
« J'AI UN PLAN ! »
11 septembre 2021

La chance de ta vie, série produite par IDIP Films et la RTS, suit les aventures d’une famille sans le sou, projetée dans un monde où l’argent coule à flots lorsque le père, Loïc, gagne au loto. Désormais multimillionnaire et installé avec femme et enfants dans un palace à Genève, Loïc fait la connaissance d’un conseiller financier marginalisé, Jean-Hubert, qui propose de l’aider à réaliser son grand rêve: conquérir Montrex, la prestigieuse marque de montres qui a licencié son père après des années de bons et loyaux services. Mais en loser invétéré, Loïc va, en une soirée et une partie de cartes, tout perdre. Dès lors, il devra déployer des trésors d’inventivité pour ne pas perdre, en plus de la face, Loane, l’amour sa vie, et sa famille.

Ecouter la chronique (5’04”)

Loïc Froidevaux (Karim Barras) est un peu chômeur, beaucoup glandeur et totalement loser. Marié à Loane (Zoé Schellenberg), énergique plombière qui fait bouillir la marmite, ces deux-là partagent leur vie avec leurs enfants, Tina (Mila Jubelin de Meyer), fille adolescente de Loane et Maël (Roméo Cerutti) fils préadolescent des deux. Ils vivent tous les quatre dans la maison du père de Loïc, Camille (Jean-Luc Borgeat), vieil horloger grincheux, qui lui demande d’aller retirer l’argent de sa pension mensuelle. Sur un coup de tête, Loïc claque tout le pognon en billets de loterie pour toucher le super gros lot de 160 millions!

De gauche à droite: Tina Froidevaux (Mila Jubelin de Meyer), Loane Froidevaux (Zoé Schellenberg), Loïc Froidevaux (Karim Barras), Camille Froidevaux (Jean-Luc Borgeat), Maël Froidevaux (Roméo Cerutti)  et Albert Coutric (Roland Vouilloz)/ RTS – Philippe Christin

L’art de prendre des risques

Comme ce genre de loterie présente 93% de risques de ne pas même récupérer sa mise, la fiction se moque des statistiques et Loïc ramasse le jackpot. Alors bien sûr, des histoires qui partagent le même point de départ, il y en a quelques-unes : l’excellent film de Rainer Werner Fassbinder, Le droit du plus fort (VO DE non sous-titrée), sorti en 1975, raconte l’histoire d’un jeune homosexuel paumé qui gagne à la loterie puis tombe amoureux d’un bourgeois qui, évidemment, va se révéler un escroc de première. On pense aussi à Hurley, ce personnage de la série Lost (VF + VOSTFR ), qui a lui aussi gagné le gros lot et qui à chaque fois qu’il utilise l’argent provoque un drame. Dans le même genre que la série, la comédie, il y  a bien sûr Les Tuche (VO FR). Cependant, il y a quand même une grosse différence entre les films de Jean-Paul Rouve et la série de la RTS, c’est que dans la seconde on rit beaucoup plus souvent !

De gauche à droite: Jean-Hubert (Joan Mompart) et Loïc Froidevaux (Karim Barras) / RTS

L’art d’écrire la comédie

Les situations absurdes, parfois surréalistes que les scénaristes David Elkaïm et Vincent Poymiro inventent déroulent le tapis rouge à l’humour. Quand la famille Froidevaux décide d’aller habiter dans un hôtel de luxe genevois, elle découvre un monde étranger dont elle ne connaît absolument pas les codes, une situation de quiproquo assez classique, mais on a beau leur expliquer, les personnages vont jusqu’au bout du bout de l’angoisse, tout au fond. Je mentionnerai encore une rafraîchissante ascension du Cervin, une assemblée générale d’actionnaires sous hypnose ou encore une scène de réconciliation intergénérationnelle aussi drôle et touchante que le taux d’alcool des participants est élevé.

De gauche à droite: La Mère supérieure (Mariama Sylla), Jean-Hubert (Joan Mompart), Sœur Imogène (?) et Loïc Froidevaux (Karim Barras) / RTS

L’art de jouer la comédie

Et puis les personnages, par exemple Albert Coutric, sorte de génie bienfaisant, employé de la loterie dont la mission consiste à coacher les grands gagnants pour qu’ils ne dilapident pas leur fortune. Il y a notamment un épisode qui nous propose un séminaire organisé par Monsieur Coutric à l’intention de ces gagnant·e·s, un « Week-End Grands Gagnants du Loto »… Et si Albert Coutric est irrésistible, c’est parce que le comédien Roland Vouilloz l’invente et l’incarne à la perfection. Si l’humour de La chance de ta vie fait mouche, c’est aussi grâce à sa distribution. Karim Barras, en paumé récidiviste, avec sa tête de Steve Buscemi allumé nous offre un Loïc Froidevaux de compétition, ex-aequo avec Zoé Schellenberg qui s’est glissée dans le corps de Loane Froidevaux pour nous exploser en pleine poire et nous la fendre à la perfection. Je n’oublie pas Joan Monpart, qui joue Jean-Hub, financier sans scrupules mais chou comme tout, paria de sa famille richissime à cause de son orientation sexuelle, ce qui nous vaut quelques scènes jubilatoires et tout en finesse avec son amoureux Joseph, auquel Chady Abu-Nijmeh prête ses traits. Et puis des rôles secondaires, dans lesquels on croise Jean-Luc Borgeat, Claude-Inga Barbey, Carlos Leal, Doris Ittig, Thierry Meury, Isabelle Caillat ou encore Laura Chaignat, Fred Mudry et Rébecca Balestra. Enfin, coup de chapeau particulier aux enfants Froidevaux, interprétés par Mila Jubelin de Meyer et Roméo Cerutti, qui sont parfaitement justes et dont le sens comique évident leur permet de tenir la dragée haute à leurs partenaires adultes quelle que soit la situation.

De gauche à droite: Tina Froidevaux (Mila Jubelin de Meyer) et Loane Froidevaux (Zoé Schellenberg) / RTS

Payez-vous-en une tranche!

La chance de ta vie est une vraie réussite, même si le rythme de certains épisodes se relâche parfois et nous laisse le temps de deviner une chute ou l’autre, qui en devient du coup un peu téléphonée… Mais, vous me connaissez, je chipote ! Un mot encore à propos de la chanson du générique signée Matthias Kräutli. Malgré son rythme entraînant, ses arrangements bien ciselés et son charme vocal indéniable, cette chanson n’a qu’un défaut: une fois entrée dans votre tête elle n’en ressortira pas pendant quarante-huit heures. Au minimum…

De gauche à droite: Loane Froidevaux (Zoé Schellenberg), Maël Froidevaux (Roméo Cerutti), la mère de Quentin (Lauriane Gilliéron) et Quentin (Matteo Carraro) / RTS

Jouer ou ne pas jouer au loto?…

Chacun·e est libre… En ce qui me concerne, j’y cours ! Si je gagne, je pourrai ainsi coproduire la deuxième saison de La chance de ta vie et contraindre Xavier Derigo et Chris Niemeyer, le producteur et le réalisateur de la série, à me filer un petit rôle!

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Sur PlayRTS et Play Suisse • 8 épisodes