L'OPÉRA
DANSER, C'EST COMBATTRE
25 septembre 2021

Le temps d’une saison à l’Opéra, Zoé, Sébastien et Flora nous offrent une plongée dans le Palais Garnier, quatrième personnage de la série. C’est le berceau de la danse classique où sont formés les meilleurs danseur·euse·s du monde. C’est aussi le rouge et l’or, du satin, des paillettes, des kilomètres de travées et des ciels de tutus, des escaliers sans fins et des sous-sols labyrinthiques, des corps sublimes, des corps fatigués, un choc visuel à nul autre pareil.

Ecouter la chronique (5’32”)

L’Opéra est bien sûr une série sur la danse, toutes les danses, celle qui se donne sur la grande scène de l’Opéra autant que celle qui s’improvise dans la rue ou dans une boîte de nuit. C’est aussi une histoire de famille, celle d’où on vient et celle qu’on se choisit, une histoire de codes et d’appartenance. 

Zoé Monin (Ariane Labed) / OCS

Le carnaval des animaux

Même si la série se déroule à L’Opéra de Paris, le Palais Garnier soi-même, elle n’en reflète en aucun cas la réalité, comme il est précisé au début de chaque épisode. Mais pas de petits rats… Ce sera “moyens rats” et “grands rats”, avec aussi des loups et pas mal de requins qui nagent en eaux troubles autour des trois personnages principaux.
Zoé (Ariane Labed), danseuse étoile de trente-cinq ans, a connu une carrière fulgurante et vit aujourd’hui dans l’excès : trop de fêtes, beaucoup d’amants et tout un wagon d’angoisses. Du coup, elle n’a plus trop le niveau, alors on veut la renvoyer, elle décide alors de se battre contre l’institution, contre ses pairs mais surtout, bien sûr, contre elle-même pour tenter de décrocher une deuxième chance.
Ensuite il y a Flora (Suzy Bemba), jeune danseuse noire de dix-neuf ans qui  n’a pas suivi le cursus habituel pour poser un chausson sur la scène de l’Opéra de Paris. Flora est pourtant engagée comme surnuméraire, c’est-à-dire sans aucune garantie d’aller poser ce fameux chausson sur la scène, à moins d’un remplacement en urgence. Flora n’a que quelques mois pour s’intégrer et faire ses preuves.
Enfin Sébastien (Raphaël Personnaz), trente-huit ans, ancien danseur et tout nouveau Directeur de la Danse, flamboyant et ambitieux, qui veut faire briller l’Opéra of Paname au firmament de la danse mondiale.

De gauche à droite: Raphaël Verdussen (Yannick Renier) et Sébastien Cheneau (Raphaël Personnaz) / OCS

Miroir de studio, miroir du monde

Beaucoup de scènes de danse et de ballet, bien sûr, très bien filmées et mises en scène. N’étant pas amateur de cette expression artistique, il me semble qu’il existe peu de séries à propos de la danse classique Les deux seules que j’ai vues sont celles d’Odette Joyeux, L’Âge heureux, qui date de 1966 et sa suite, L’Âge en fleur, sortie en 1975. Dans la série L’Opéra, l’univers du ballet et de la danse académique sert aussi de micro-société métaphorique pour raconter beaucoup d’autres choses. Et alors que deux compagnies de danse ont défrayé la chronique en Suisse romande pour cause de harcèlement, sexuel en ce qui concerne la Compagnie Interface, et si ce n’est pas le cas dans la série L’Opéra, du côté des insultes et de l’intimidation, elles sont bien présentes, comme cela semble avoir été le cas au Béjart Ballet Lausanne. Il est aussi question de discrimination : osera-t-on par exemple, distribuer une danseuse noire dans la blancheur immaculée du Lac des cygnes ? L’Opéra est avant tout une série qui nous raconte la société d’aujourd’hui. Elle nous questionne aussi à propos de la réussite, du droit à la seconde chance, elle s’intéresse encore au monde du travail, à la sclérose qui paralyse des institutions figées dans leur histoire, les empêchant ainsi de se moderniser, mais aussi aux corps sociaux qui s’entrechoquent.

Flora Soumaré (Suzy Bemba) / OCS

Suivre le rythme

Je ne prétends pas qu’il faut être original à tout prix, mais à propos d’institutions figées par la sclérose, c’est exactement le cas de la série L’Opéra. D’une forme ultra classique dans sa construction qui provoque la souffrance des spectateur·trice·s à cause du rythme et de la lourdeur du scénario. Les événements et leur évolution sont tellement tirés en longueur (quand ils ne sont pas déclinés plusieurs fois) que lorsqu’un dénouement arrive enfin, on s’y attend sans surprise parce qu’on avait deviné depuis un moment déjà. La saison deux étant en tournage depuis l’été, j’aurais volontiers tendance à penser qu’une seule aurait suffi, le rythme y aurait beaucoup gagné. Deuxième gros écueil, à moins que mon grand âge me rende mou de la feuille, donc dur d’oreille, les dialogues sont très souvent incompréhensibles, soit à cause d’une diction douteuse, soit à cause d’une prise de son et d’un mixage hasardeux. Mais il n’en reste pas moins que les comédiennes et les acteurs sont plutôt bonnes, voire excellents. Non seulement ils et elles jouent, mais elles et ils dansent.

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Sur OCS via Blue ou myCANAL • 8 épisodes

Déconseillé aux moins de 12 ans