SEVERANCE
CE QUI SE PASSE CHEZ LUMON RESTE CHEZ LUMON
5 mars 2022

Dans l’idéal, nous rêvons toustes d’accrocher nos problèmes de boulot au porte-manteaux en arrivant à la maison. Dans le monde dystopique de la série Severance que nous propose tv+ ce vœu pieux devient réalité grâce à une intervention de chirurgie cérébrale tout à fait bégnine et totalement irréversible, baptisée “severance“, en français “rupture”, qui consiste à implanter une puce dans le cerveau afin que les souvenirs privés et les souvenirs professionnels soient rangés chacun dans des cases distinctes et séparées, sans aucune possibilité d’interconnexion et accessibles uniquement en fonction de l’activité qu’exerce le sujet et du lieu où il se trouve.

Ecouter la chronique (7’36”)

Severance se fonde sur un scénario de science-fiction assez angoissant conçu par Dan Erickson brillament mise en scène par Ben Stiller. C’est l’histoire de Mark Scout, qui vient d’être nommé chef d’équipe par la direction de Lumon Industries. Comme lui, toustes ses subordonné·e·s ont subi une opération chirurgicale qui dissocie les souvenirs liés à la vie professionnelle de ceux liés à la vie privée. Bien sûr, et ce n’est pas un secret puisqu’on le découvre dès le premier épisode, cela ne se passe pas comme sur des roulettes pour tout le monde. Au premier abord, tout semble plutôt bien aller pour les hommes, mais pour Helly, seul élément féminin de l’équipe, cela ne semble pas d’une évidence limpide… L’intrigue se révélera plus compliquée qu’une dichotomie sexuée, puisque cette expérience risquée “d’équilibre entre travail et vie personnelle” sera remise en cause lorsque Mark va se retrouver au cœur d’un mystère qui va le forcer à affronter les énigmes pas vraiment rassurantes qui cachent autant de secrets autour de la severance, la rupture, et de sa finalité. 

De gauche à droite: Dylan (Zach Cherry), Irving (John Turturro) et Mark (Adam Scott) / tv+

Is Big Brother watching me?

La filiation avec le roman 1984 de George Orwell est évidente, puisque dans Severance, même si le groupe de personnes concerné est infiniment plus petit (en tous cas au début de l’histoire) les gens sont soumis à la dictature implacable d’une entité omnipotente et inatteignable qui les surveille en permanence. Ce n’est cependant pas le seul thème qu’aborde la série. En plus de la perte des libertés et de l’aliénation, Severance s’intéresse au monde du travail, à la fois sous l’angle de l’assujettissement total des employés d’une boîte qui semble répondre à la définition du to big too fail, mais aussi sur le sens de leur travail.

De gauche à droite: Burt (Christopher Walken) et Felicia (Claudia Robinson) / tv+

Ça sert à quoi tout ça?

Nous sommes donc en présence d’une équipe de quatre personnes dont l’environnement professionnele n’a rien à envier à un labyrinthe de laboratoire dans lequel se perdent des souris blanches. Ces employé·e·s passent leurs journées devant des ordinateurs plutôt sommaires sur l’écran desquels défilent des chiffres qu’ielles doivent surveiller selon des critères dont les spectatrices et les spectateurs que nous sommes n’ont strictement aucune idée. Ça donne de échanges de réplique du genre:
— Tiens… Vous avez vu ce quatre?
– Ah oui.
– Tu devrais aussi surveiller ce sept.
En gros on analyse, on surveille, on évalue des trucs et des machins sans queue ni tête selon des objectifs inconnus qui ne semblent pas en avoir beaucoup plus, pour autant qu’ils existent. Selon le dogme admis dans presque toutes les entreprises aujourd’hui, il faut que des équipes de technocrates analysent, surveillent et évaluent.
— Mais pourquoi?
— Parce que!
— Mais à quoi ça sert?
— Vous ne pouvez pas comprendre, ça vous dépasse! Retournez à votre poste de travail, vous perdez du temps en posant des questions!

De gauche à droite: Harmony Cobel (Patricia Arquette) et Milchick (Tramell Tillman) / tv+

Et le grain de sable dans les rouages?

Le grain de sable est présent dès le début par l’intermédiaire du personnage féminin, Helly, qui fait immédiatement de l’obstruction. La faille induite va aller s’élargissant, nous laissant appréhender des secrets qui, peut-être, expliqueront l’attitude et le vécu des personnages interprétés par une distribution comme on voit rarement dans les séries, à commencer par l’excellent Adam Scott, qu’on a vu dans des séries comme Parks and Recreation, Ghosted ou Big Little Lies. Adam Scott joue Mark et on lui a fait une tête à la Tom Cruise, ce qui n’est pas sans nous faire penser à une association de malfaiteurs qui prétend être une église et qui n’est pas en retard dans les méthodes de manipulation des gens. Ca commence par “s” et ça se termine par “cientologie”… Et puis il faut bien sûr mentionner Patricia Arquette et John Turturro ainsi que la participation magnifique de Christopher Walken.

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Sur tv+  • 9 épisodes • Chaque vendredi depuis le 18 février 2022

Déconseillé aux moins de 12 ans