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SEXIFY | Les séries de Pascal Bernheim
SEXIFY
L'ALGORITHME DANS LA PEAU
8 mai 2021

Le ministère polonais de l’économie, propose chaque année une bourse pour le meilleur projet technologique issu d’une université du pays. Natalia, vingt-trois ans, poursuit ses études à l’université technique de Varsovie. La jeune femme trime comme une dingue, d’abord pour être celle qui représentera son université, avec ensuite l’espoir de gagner le concours pour lequel elle développe une application pour smartphone dont l’objectif consiste à améliorer le sommeil des gens. Aussi la voit-on dormir connectée à des électrodes afin de récolter un maximum de données qui lui permettront d’inventer l’algorithme qui fera le bonheur des nuits reposantes de ses semblables. Le professeur en charge des projets pour la bourse explique à Natalia que des applications comme ça, on ne les compte plus, on les pèse, il lui conseille donc de chercher une idée plus séduisante, plus sexy. Ce sera l’application «Sexify».

Ecouter la chronique (6’36”)

Paulina (Maria Sobocińska) / Netflix

Bien assis dans mon fauteuil, je me fais tartir la moindre pendant les deux premiers épisodes… Ça traîne, c’est cousu de fil blanc, je devine ce qui va se passer au moins dix minutes avant que ça se produise. L’idée que je perds mon temps en regardant une daube pour ados s’insinue dans ce qui me reste d’attention. Tout à coup, après cet incipit rasoir, l’intérêt réveille mon esprit engourdi et mes yeux brillent de mille feux! Natalia et ses copines Paulina et Monika, avec lesquelles elle bosse désormais sur l’application « Sexify », caressent l’ambition de permettre aux femmes d’atteindre les meilleurs orgasmes possibles. Les trois jeunes femmes se révèlent dès lors des personnages emblématiques et, à travers elle, la série Sexify propose une lecture très pertinente de la société polonaise et les valeurs qui caractérisent Natalia, Paulina et Monika possèdent une portée universelle qui s’adresse aux spectateur·trice·s de n’importe quel pays.

La tête, les jambes et entre-deux

Commençons par Natalia ! Vous avez compris je pense, que le code informatique n’a quasiment aucun secret pour elle. Natalia c’est une tête. Juste une tête. En dessous, il n’y a rien. Nada, macache, le vide. Elle ne sait rien de l’amour, rien de son corps, donc encore moins du sexe ! C’est pourquoi elle va demander à sa meilleure amie, Paulina, qui fait des études de chimie et qui a un petit copain. Mais pour Paulina, côté sexe ce n’est pas gagné non plus: elle ne connaît de l’amour charnel que les rapides coïts à la papa que lui sert son amoureux. Car oui, ielles sont amoureux·euse, comme on peut l’être à vingt ans quand on est totalement corseté par une stricte éducation religieuse, en l’occurrence catholique. Paulina fait plus fort que Georges Brassens: c’est cent fois sur cent qu’elle «s’emmerde en baisant». Arrive alors une nouvelle dans la résidence estudiantine où vivent Natalia et Paulina, Monika, fille à papa mangeuse d’hommes qui préfère s’amuser plutôt que suivre ses cours et dont le papa vient justement de décider de lui couper les vivres tant qu’elle n’aura pas obtenu son diplôme. Plus d’appartement, plus de voiture, plus de cartes de crédit. Évidemment, Monika se trimbale une image et une réputation de savante du sexe.

Natalia (Aleksandra Skraba) / Netflix

«Connais-toi toi-même»

Sans vouloir divulgâcher, pour Paulina et Monika, avant d’améliorer l’orgasme ça va surtout le faire exister! En ce qui concerne Natalia, il faudra probablement attendre la saison 2… Dans ce parcours, la série Sexify va explorer des thèmes aussi importants que la découverte de son propre corps, la différence entre la pornographie et l’amour pour les adolescents et les jeunes adultes, sans oublier des revendications comme celle de disposer librement de son propre corps, qui plus est en Pologne, pays le plus rétrograde d’Europe en matière d’émancipation féminine, sous le joug d’un catholicisme obtus, comme le démontrent les décisions du Tribunal constitutionnel concernant l’interdiction quasiment absolue de l’avortement, des décisions mises en œuvre par le gouvernement polonais au début de l’année. Les scénaristes de Sexify abordent ces thèmes avec finesse, par le biais d’une comédie réussie et sans faire l’économie d’une efficacité percutante, par exemple en ne rangeant pas tous les hommes dans le même panier. L’amoureux de Paulina, qui suit lui aussi un chemin tout tracé en faisant ses études à l’académie militaire, est sincère, amoureux, et si son comportement et sa façon d’aimer sont inadéquats, c’est qu’ielles sortent du moule oppressif et asservissant d’une éducation catholique conservatrice. En ce sens, ce jeune homme est aussi une victime. A la croisée des chemins de Masters of Sex, Kidnapping et Sex Education, Sexify est ma série de la semaine!

Monika (Sandra Drzymalska) / Netflix

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