THE WITCHER
IRONIC FANTASY
8 janvier 2022
Adaptée d’une suite de romans d’heroic fantasy la série The Witcher cherche évidemment à prendre la place laissée vide depuis la fin de Games of Thrones, série d’abord prometteuse, puis lourdingue et finalement nullissime .

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Récemment, nous avons eu droit à La Roue du temps par l’intermédiaire d’Amazon, adaptée elle aussi d’une œuvre littéraire, la suite de romans éponymes de Robert Jordan, qui comme ceux de George R. R. Martin – dont est tirée la série Game of Thrones (HBO) – se résument à un pillage quasi systématique du Seigneur des anneaux de Tolkien. D’ailleurs, après la bonne surprise des films de Peter Jackson, on attend avec quelque crainte une nouvelle adaptation du Seigneur des Anneaux en série, encore chez Amazon, cette année.

Si l’adaptation en série de Game of Thrones était loin de nous proposer une œuvre parfaite, l’adaptation de La Roue du temps offre carrément à Game of Thrones un statut de chef-d’œuvre.

Geralt de Riv (Henry Cavill) / Netflix

L’outsider

Que dire alors de l’outsider adaptée de la suite littéraire Le Sorceleur, écrite par le Polonais Andrzej Sapkowski dont le titre français a été abandonné par Netflix qui lui a préféré The Witcher, plus international. Bien sûr, on se place encore dans une configuration “le nouveau Game of Thrones, c’est moi!”

En 1986, Andrzej Sapkowski publie une nouvelle intitulée Le Sorceleur dans le magazine de littérature fantastique polonais Fantastyka, une référence. Le succès est autant immédiat qu’énorme et l’auteur crée ensuite un cycle de contes fondé sur ce personnage et son univers qui compte treize nouvelles en deux recueils et six romans, publiés entre 1990 et 2013. La première apparition du Sorceleur Geralt de Riv sur un écran date du début du siècle à la télévision polonaise. Ensuite c’est sur les écrans d’ordinateur que va aller se promener Geralt. Le studio polonais CD Studio édite le jeu en 2007 et encore une fois le succès est au rendez-vous, si bien qu’il y aura deux suites en 2011 et en 2015. Le succès des jeux fait rebondir celui des bouquins et en 2014, Platige Image, qui a développé toutes les scènes cinématiques des jeux, prend contact avec Netflix et, de fil en aiguille, la première saison sort fin 2019. La seconde est disponible depuis le 17 décembre 2021.

Yennefer de Vengerberg (Anya Chalotra) / Netflix

Magiciennes, sorciers, humains, elfes et nains au rendez-vous

Même si on reste proche de l’univers créé par Tolkien, The Witcher souffle une brisette rafraîchissante sur l’heroic fantasy en série, tout en restant fermement attaché à l’adage qui veut que ce soit “dans les meilleurs chaudrons qu’on cuisine les meilleurs brouets”.

Le scénario suit quasiment à la lettre la saga littéraire, par conséquent, il y a assez peu de continuité de l’intrigue dans la première saison. Nous suivons trois personnages principaux. D’abord Geralt de Riv le sorceleur (Henry Cavill), beau gosse tout en muscles et verres de contact dorés, assez grisâtre et taciturne, doté d’une voix grave et rocailleuse hyper sexy. Sans compter qu’il est souvent à torse, ce qui ne gâche rien… Monsieur gagne sa vie, en tuant du monstre à la demande. Font appel à ses services villageois·e·s, souverain·e·s, communautés, qui souffrent des méfaits de kikimoras, loups-garous, vergliges, sans oublier bien sûr dragons et autres striges.

Ensuite, Yennefer de Vengerberg (Anya Chalotra), souillon bossue et difforme, éleveuse de porcs harcelée en permanence, qui deviendra une puissante magicienne et décidera de transformer son corps dans la souffrance, même si le sortilège lui fait perdre son appareil reproducteur. La magicienne sera dès lors en manque de maternité, ce qui va peser lourd sur son destin. Bien sûr, Yennefer est souvent à torse aussi, ce qui ne gâche rien non plus.

Enfin, il y a Cirilla Fiona Elen Riannon, dite Ciri (Freya Allan), jeune princesse douée de pouvoirs magiques qu’elle ne maîtrise pas, qui se retrouve abandonnée sur les routes après l’invasion meurtrière de Cintra, royaume de sa famille,  par son voisin du sud, l’empire de Nilfgaard. Alors que le château est en train de tomber, la Reine Calanthe envoie sa princesse de petite-fille à la recherche de Geralt de Riv, d’abord pour la protéger en l’éloignant du château et surtout parce que le destin de Ciri et celui du sorceleur sont liés. Avant que ces deux-là finissent par se retrouver à la fin de la première saison – non je divulgâche pas, c’est cousu de fil blanc – l’intrigue est un peu compliquée, mais ça vaut la peine de persévérer, les pièces finissent par s’imbriquer et tout fait sens.

Cirilla « Ciri » Fiona Elen Riannon (Freya Allan) / Netflix

Grosse daube ou petite parodie?

Comme les fesses vont de pair·e, la nudité et la violence aussi. Cependant, encore une fois comparé à Game of Thrones, tant la nudité que la violence sont nettement moins présentes. D’ailleurs cette nudité disparaît quasiment passés les premiers épisodes. Du côté de la violence, on trouve dans le regard de la caméra une certaine pudeur, qui laisse hors-champ quelque boucherie. Le traitement des combats et des scènes d’action relève plutôt de la “guignolade” que du gore ostentatoire. C’est probablement ce côté parodique “sans avoir l’air d’y toucher” qui provoque des avis très tranchés: d’un côté on trouve l’ensemble truffé de clichés nullards, on déteste, mais on regarde quand même! D’un autre on rigole pas mal au second degré et on aime! A ce propos, ma consœur Géraldine Mosna-Savoye, qui produit le Journal de la philo sur France-Culture, s’est interrogée sur l’envie de regarder jusqu’au bout une mauvaise série et elle a déclaré à propos de The Witcher: “L’idée de jouir du mauvais est une grande libération. Quand je regarde The Witcher, je n’ai pas la pression de devoir m’élever, je n’ai pas de présupposé d’élévation morale ou esthétique. C’est ça la grande libération du mauvais, du bas de gamme, c’est qu’on ne sent pas obligé d’en tirer une amélioration de soi, de devenir meilleur.” Dont acte. Evidemment, je ne partage pas ces considérations de psychobazar qui cherchent à justifier des plaisirs coupables qu’on ne saurait attendre d’une élite intellectuelle sûre d’elle, comme se jeter sur Paris-Match, que l’intelligenstia méprise et étiquette “torchon”, à peine est-on assis·e dans un salon de coiffure.

Jaskier, le barde (Joey Batey) / Netflix

La musique adoucit les morts

Le personnage du barde Jaskier s’inscrit parfaitement dans cette déclinaison parodique. Il s’est donné pour mission de redorer l’image du Sorceleur, comme on le sait un type plutôt grisouille et taiseux qui n’étale donc jamais ses combats victorieux, pas plus que sa pertinente indulgence dans l’affrontement. A l’inverse Jaskier est bavard, vantard, sûr de lui mais pleutre. Ca lui joue évidemment des tours mais son humour le sauve. Et quand il chante, les mélodies, qui sont plutôt fondées sur des lignes harmoniques médiévales, sonnent très vite comme des tubes de pop anglaise. D’ailleurs Jaskier est interprété par le comédien et leader du groupe britannique The Amazing Devil, Joey Batey, avec un look de McCartney moyenâgeux tout à fait craquant.

Vous avez compris, je suis franchement du coté de celles et ceux qui aiment The Witcher, et on aime d’autant que les personnages sont attachants et qu’on se réjouit de savoir comment tout ça va finir. L’amour va-t-il triompher ? Parce que oui, il y a aussi de la romance. Le bien va-t-il supplanter le mal ? Parce que oui, encore une fois, ça se résume à ça !

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Sur Netflix • Saison 1 et 2 • 8 épisodes chacune

Déconseillé aux moins de 16 ans