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Comme on s’en rend compte en regardant la série, un voyage sur Mars, ça ne se bricole pas en trois coups de cuillère à pot. L’entraînement est très dur, la technologie très complexe et ce genre d’excursion donne beaucoup à réfléchir. En outre, même si on sait que le risque zéro n’existe pas, il faut s’en approcher le plus possible, parce que comme toujours, le diable se cache dans les détails.

The First, une des séries les plus attendues de ce début d’automne, c’est l’histoire d’un « premier ». Mais d’un premier quoi ?… Du premier être humain à poser le pied sur la planète Mars. C’est pas pour faire ma chieuse, mais avec un titre pareil et pour peu qu’on ait regardé la bande-annonce, côté divulgâchage, c’est un peu le sac de nœuds… Sur ce coup-là, la série se débrouille très bien toute seule pour se prendre les pieds dans le tapis ! Quand on sait que le rôle principal masculin est tenu par Sean Penn, pour lequel on dit même que la série a été écrite, c’est lui le premier homme qui va poser le pied sur Mars. Lorsque le premier épisode s’ouvre avec le lancement du premier vol habité vers Mars et qu’on s’aperçoit que le dit Sean Penn n’est pas dans la fusée parce qu’il a été débarqué de la mission quelque semaines auparavant, qu’est-ce qu’on déduit ? Voilà, c’est ça… Boum la fusée !

Une histoire qui commence bien

Ou mal. Ça dépend du point de vue. C’est incipit qui n’a rien d’anodin met en place une dynamique qui va évidemment forger la suite du scénario et on comprend vite que The First ne va pas se résumer à une simple série de science-fiction, même si l’action se déroule en 2030 – autant dire dans cinq minutes – une époque à laquelle notre environnement technologique quotidien fonctionnera parfaitement grâce à des commandes vocales et où les voitures se déplaceront toutes seules. De la vraie science-fiction, quoi.

Priorités

Bien d’autres thématiques habitent cette série. La politique, par exemple. Bien que l’entreprise chargée du projet soit une entreprise privée, elle n’en est pas moins mandatée par la NASA, ce qui suppose qu’il y a beaucoup d’argent public en jeu. D’où un questionnement pertinent sur le bien-fondé de telles dépenses alors que d’autres besoins, qui plus est urgents ont impérativement besoin de financement : éducation, climat, protection sociale… Oui, même aux États-Unis d’Amérique ! On ose espérer qu’en 2030, le pays sera sorti de ses trumpitudes.
Même si les scientifiques impliqués dans le projet ont quelques arguments à faire valoir pour poursuivre l’entreprise, ils ne sont guère convaincants. Laz Ingram (Natascha McElhone), CEO de la société en charge du projet, brillante visionnaire à l’aura persuasive apparaît suffisamment déconnectée de la réalité pour que ceux qui n’ont pas envie de la suivre soient crédibles

De la belle ouvrage

Outre la qualité du scénario, signé Beau Willimon à qui on doit déjà House of Cards, l’efficace sobriété de la réalisation, l’envoûtante musique électronique de Colin Stetson et la distribution parfaite, ce qui me séduit le plus dans The First, ce sont les réflexions proprement métaphysiques des personnages et donc celles qu’elles provoquent chez les spectateurs, notamment celles qui relèvent de la fuite. Car on a beau comparer ce voyage vers Mars à ceux des Européens partis à la conquête du Nouveau Monde au XVIe siècle, le changement de planète implique des conséquences totalement incomparables. Qui aurait l’idée de s’aller installer sur Mars pour y faire fortune, sans parler des causes relatives à la surpopulation et/ou à la pollution? La motivation est donc ailleurs et en assistant à l’entraînement des astronautes qui les contraint à se dépasser, à aller plus loin, à repousser les limites, la notion de fuite résonne en parfaite adéquation avec les voyages interplanétaires. Car qui fuit agit encore par égoïsme ou lâcheté, quand ce ne sont pas les deux, abandonnant ses proches derrière soi pour partir le plus loin possible. Tom Hagerty (Sean Penn), qui ne parvient pas à faire le deuil de son épouse, abandonne leur fille toxicomane qui lui a expressément demandé de ne pas partir car elle a besoin de lui. Bien sûr, chaque personnage a son histoire, ses motivations, plus ou moins avouables, et bien que toutes ces raisons soient différentes il n’en apparaît aucune qui serait une quelconque plus-value qu’une telle expédition sur Mars pourrait apporter à l’humanité toute entière.

Disponible sur OCS via Swisscom Teleclub

Les Chroniqueuses de 6h-9h le samedi

Chaque samedi sur RTS-La 1ère, entre 7h30 et 8h30 nous interrogeons notre société d’un point de vue philosophique avec Anne-Laure Gannac et Pascaline Sordet, littéraire avec Geneviève Bridel et Lisbeth Koutchoumoff et cinématographique (au sens large) avec Julien Comelli et moi-même.

2018-10-15T18:30:55+00:00

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